En 1945, l'humanité sort d'un sinistre cauchemar : la seconde guerre mondiale. Les premières bombes atomiques apparaissent, ainsi que la guerre froide. La jeunesse, mal à l'aise, s'interroge. Un conflit unique naît alors : la guerre des générations.
Adopté par des chanteurs blancs comme Bill Haley et surtout Elvis Presley, le rock'n'roll fut d'abord une musique de révolte touchant un très large public majoritairement adolescent. Brisant certains tabous liés à la sexualité et à la morale puritaine américaine, la musique rock'n'roll, symbole de liberté et d'indépendance, est pour les jeunes l'occasion de se détacher de la musique sage de leurs parents. Le terme «rock'n'roll» devient très populaire en 1955 avec le célèbre «Rock around the clock» de Bill Halley.
Un disc jockey blanc, Alan Freed, consacra le terme «rock'n'roll» en chantant au moyen de son microphone le titre d'une musique de la communauté noire : «Rock, rock, rock everybody - roll, roll, roll everybody». Le jeu de mot «rock'n'roll» (balancer et rouler) était nouveau pour la communauté blanche, tandis que pour la communauté noire, c'était une expression de vieil argot à connotation érotique.
Dans sa forme originelle, la musique rock'n'roll vient essentiellement du mélange entre le blues et la country. Malgré certaines différences (un cycle de douze mesures pour le blues, huit mesures pour la country), la rencontre de ces deux genres musicaux contribue à l'apparition au début des années 50 d'un nouveau style, structurellement simple, rythmiquement imparable, le rythm & blues. Le père spirituel de ce genre musical est Louis Jordan, un saxophoniste noir qui a su marier le blues, le boogie woogie et le jazz.
Les États-Unis instaurent en 1954 la suppression de la séparation des races dans les écoles et dans l'armée. Immédiatement, certains groupes de musiciens de la communauté noire ont eu un certain succès auprès de la communauté blanche. Le rythm & Blues se mélangea à la musique country de la communauté blanche. La jeunesse réclamait quelque chose de neuf, qui n'ait rien à voir avec les musiques de leurs parents et qu'ils pourraient s'acheter avec leur argent de poche. Producteurs et médias firent le nécessaire pour dénicher très vite de nouveaux tubes et de nouvelles stars. Les producteurs ont ainsi fait exploser le rock'n'roll en médiatisant de très jeunes sex-symbols provocants.
En quelques années, le rock'n'roll, qui est le plus grand phénomène de culture populaire de notre temps, impose son style et ses idoles. Les jeunes sont «rockabilly». Surprises-parties, décors de restaurant, voitures, vêtements sont tous «rock'n'roll». Le blues de Pat Boone et de Fats Domino, la country d'Elvis Presley, le rythme & blues de Chuck Berry deviennent rock'n'roll. Par ses goûts et ses aspirations, la nouvelle génération, qui s'ennuie d'un trop-plein d'ordre moral, va déterminer les modes et les façons de vivre jusqu'à aujourd'hui.
60 ans après sa naissance, le rock'n'roll reste une musique spontanée, pleine de fureur et de vitalité, symbole éternel de la jeunesse. Ce qui ne devait être qu'une mode passagère a changé la face du monde.
Après la seconde guerre mondiale, les danses dites «swing» arrivèrent en France avec le jazz et l'un de ses dérivés le be-bop. A Paris, à l'époque de la libération, Saint-Germain-des-prés devient le lieu de rassemblement d'une nouvelle génération d'écrivains, de musiciens et d'artistes. C'est l'époque du Café de Flore, des Deux Magots et des caves. Tout le monde se massait dans les caves pour admirer les musiciens et les danseurs. L'une des plus figures les plus emblématiques de cette époque fut incontestablement Jean Mourier alias Jano Merry qui créa le célèbre numéro de music hall les «Rats de cave», surnom donné par extension aux danseurs des caveaux de Saint-Germain-des-prés. En rapport avec le nouveau style de jazz, le be-bop, les touristes et les habitués donnèrent ce nom à la danse des caves. Le nom be-bop est resté jusqu'à l'arrivée fracassante de la musique rock'n'roll en 1955. Un quiproquo journalistique assimila alors la musique rock'n'roll au style de danse pratiqué dans les caveaux.
Le rock'n'roll pratiqué aujourd'hui est ainsi une évolution du be-bop pratiqué dans les caves de Saint-Germain-des-prés après la seconde guerre mondiale. C'est un style typiquement français qui se danse en 6 temps correspondant à 8 pas. Le mouvement des pieds «pas de base» est très important pour bien exécuter les figures. Des variantes de style comme des petits jetés (kicks) existent. On peut aussi réaliser des jeux de jambes, et des acrobaties.
Le rock'n'roll se danse sur une très grande diversité musicale. Les musiques rock'n'roll des années 50 sont idéales car plus simples d'écoute au niveau rythmique, mais le rock'n'roll se pratique aussi sur des musiques plus récentes (Dany Brillant, les Forbans, Lou Bega, etc.) ainsi que sur des musiques plus jazz.
Il existe différents courants de Be-bop en France dont 3 essentiels :
- le be-bop parisien appelé rock'n'roll (celui de Saint-Germain-des-prés, le plus connu et le plus développé)
- le be-bop marseillais qui se danse sur des tempos rapides de musique Jazz avec des pas simplifiés (4 pas sur 6 temps)
- le be-bop lyonnais avec un pas systématiquement «sautillé»
On ne parle presque plus de be-bop parisien mais de rock'n'roll. Les professeurs de be-bop lyonnais et marseillais se raréfiant, ces deux courants risquent de disparaître.
A partir de l'époque be-bop de Saint-Germain-des-prés, de Lyon à Marseille on continue à danser sur des musiques de plus en plus rapides de jazz. Les acrobaties, abandonnées en raison de la vitesse, sont remplacées par des fantaisies de type jazzy, par des pas simplifiés et par des jeux de jambe (breaks, fentes, jetés, brossés...). Les années 60 et 70 voient le rock'n'roll se développer fortement, notamment à Paris et à Lyon. Très rapidement une concurrence s'installe entre parisiens et lyonnais. Cette «compétition» prend de l'importance et le rock'n'roll et le be-bop connaissent un grand succès, surtout à Lyon.
Avec plus de deux millions d'adeptes en France, le rock'n'roll se hisse au hit parade des cours de danses, par son côté ludique et convivial. En effet, toutes les danses dont il est issu nécessitent rapidement une entente tacite entre les partenaires, passées les quelques figures de base «guidables». La grande qualité du rock'n'roll tient au fait que c'est l'une des rares danses dont la plupart des très nombreuses figures peuvent être guidées par le danseur, même si la danseuse ne les connaît pas, ce qui est très appréciable en soirée.
Elvis Presley (1935-1977)
Sam Philips, le créateur du label Sun, répétait souvent : «si je trouve un blanc qui chante comme un noir, je deviendrai millionnaire».
L'oiseau rare, c'est Elvis. En 1954, il enregistre «That's all right mama», le miracle est là. En quelques années, son ascension est fulgurante, Elvis devient le King, super star et idole de toute une génération. Son art scandaleux et subversif eut l'effet d'une véritable bombe, qui un demi-siècle plus tard rayonne encore. Son attitude volontairement provocatrice et peu soucieuse du conformisme des années 50 est sans aucun doute le plus grand bouleversement culturel et social du 20e siècle.