Swinguer, c'est balancer terriblement...
Pour les puristes, le swing n'est pas une musique mais un terme général qui exprime la manière d'interpréter le jazz, c'est à dire lorsqu'il est joué en faisant balancer le rythme. Ceux-ci, lorsqu'ils parlent de la musique jazz et du rythme qui la caractérise, évoquent souvent le mot «swing». Ainsi jouer avec du swing, c'est apporter à l'exécution d'un morceau une harmonie entre intensité et relâchement liée au sens émotif de l'interprète.
Le swing est un balancement rythmique très particulier, presque impossible à analyser. Aucune écriture musicale n'est «swingante» car il n'y a pas de place pour le swing tant que la note n'est pas interprétée. Le swing est en quelque sorte un fluide qui ne s'installe jamais de la même manière, un morceau ne sera ainsi jamais exécuté avec un swing identique deux fois de suite.
La musique appelée swing se caractérise par des orchestrations plus élaborées, par des effets rythmiques et harmoniques plus recherchés ainsi que par un tempo enlevé et une pulsation régulière très favorable à la pratique de la danse. On peut citer les célèbres «big bands» de Duke Ellington, de Count Basie, de Benny Goodman ou de Glenn Miller, qui avec des chanteuses d'exceptions comme Ella Fitzgerald ou Billy Holliday, ont considérablement contribué au développement de ce courant musical.
Pour une grande majorité de danseurs, le swing fait référence à une danse. Mais, contrairement aux idées reçues, le swing n'est pas une danse mais une façon de danser sur des musiques issues du Jazz. Le rapport du musicien et du danseur avec la musique est similaire lorsque l'on évoque le swing qui est une façon très personnelle de vivre et d'interpréter la musique.
Qu'importe la danse, que ce soit du lindy hop, du boogie woogie, du rock'n'roll ou même des danses latines comme la salsa, lorsque le rapport des danseurs avec la musique devient intime, lorsqu'ils interprètent la musique dans leur façon de bouger, on dira tout simplement qu'ils swinguent.
Quelques uns des plus grand artistes de la mouvance jazz/swing | ||
Duke Ellington
It don't mean a thing |
Count Basie
Hit parade |
Benny Goodman
Whith Peggy Lee |
Billy Holiday
My man Tribute to Billy |
Glenn Miller
In the mood |
Ella Fitzgerald
Summertime Mack the knife |
Duke Ellington (1899-1974)
Fils d'une famille de la «petite bourgeoisie de couleur», Edward Kennedy Ellington, dit Duke, suit ses premiers cours de piano à l'âge de 7 ans. Malgré des études en arts décoratifs, il opte pour la musique. Successivement engagé par plusieurs orchestres avant de monter sa propre formation, il devient à la fin des années 1920 le chef d'orchestre attitré du Cotton club à Harlem.
A partir de 1935 et pendant cinquante ans, Duke Ellington va parcourir le monde entier avec son orchestre et son plus célèbre morceaux «It don't mean a thing».
Duke Ellington jouait du piano, mais son vrai instrument fut son orchestre. Compositeur doué d'un sens mélodique prononcé, il mêla avec génie l'esprit du Blues à une invention orchestrale raffinée, tout en restant dans la tradition noire américaine. Son travail de création musicale, désormais comparé à celui des compositeurs de musique classique, fait de Duke Ellington une des figures essentielles du Jazz.
Count Basie (1904-1984)
De son vrai nom William Basie, Count Basie a incarné le Jazz du sud-ouest américain : décontraction et swing absolus. Devenu célèbre en prenant la direction de l'orchestre de Benny Moten en 1935, il dirigeait de main de maître ses différents orchestres grâce à son immense talent de pianiste, entraînant sa formidable «usine à swing» vers des sommets sonores inouïs.
Au piano, l'économie de notes à l'intense pouvoir rythmique caractérisait la sobriété de son style. Il plaçait ainsi ses notes avec une grande précision et beaucoup d'opportunité. La musique de ses orchestres était limpide, beaucoup de blues et de thèmes simples à base de riffs, portés par une superbe section rythmique et développés par des solistes d'exception.
Faire du Jazz une musique qui s'écoute mais aussi qui se danse, telle fut la clé du succès de Count Basie, une des personnalités les plus importantes de l'histoire du Jazz.
Benny Goodman (1909-1986)
Né à Chicago dans une famille pauvre d'immigrants juifs, Benny Goodman commence très jeune à jouer de la clarinette, son instrument de prédilection. Dès l'âge de 14 ans il se produit à Chicago et sur les bateaux qui naviguent sur les grands lacs, puis, à 16 ans, il rejoint un orchestre et réalise ses premiers enregistrements.
En 1934, il crée un big band qui sera l'un des plus populaires de «l'ère du swing». En 1938, il est le premier musicien de Jazz à se produire au Carnegie Hall à New York où son talent le consacrera «roi du swing».
En parallèle, Benny Goodman continue à jouer du Jazz traditionnel en dirigeant des petites formations (du trio au sextette) au style original. Au sein de ces formations, il partage la vedette avec des musiciens noirs qu'il n'hésite pas à embaucher, malgré la forte ségrégation raciale.
En 1947, il dissout son big band et se produit à partir de cette date essentiellement comme leader de petites formations. Même s'il n'occupe plus le devant de la scène Jazz, il reste très actif et participe à de nombreux films.
Virtuose de la clarinette, musicien accompli capable de jouer aussi bien du Jazz que de la musique classique, Benny Goodman a apporté au Jazz une incontestable reconnaissance.
Billie Holiday (1915-1959)
«Chanteuses de Jazz ? Il y a les autres...et Billie Holiday...» Boris VIAN
Marquée par la malchance et par une pauvreté extrême, Billie Holiday a du faire face pendant sa jeunesse aux préjugés raciaux. Sans aucune formation musicale, son extraordinaire don créatif était surtout intuitif. Instinctivement douée pour la musique, elle se fiait à son oreille. Elle possédait une maîtrise étonnante du tempo et du swing, un swing nonchalant, inédit à l'époque sur les enregistrements d'autres chanteurs. Sa carrière décolla quand elle décrocha un engagement d'une semaine à l'Apollo Theatre, le théâtre de variétés le plus célèbre de Harlem et aussi le plus prometteur pour les jeunes artistes. La magie innovante de son chant qui insufflait à de banales chansons populaires toute l'émotion d'un Blues de premier ordre ou d'une ballade romantique, lui permit de se faire remarquer. Par la suite, elle se produisit sur des scènes plus prestigieuses, notamment avec les formations de Count Basie et d'Artie Shaw. Puis elle choisit une carrière solo et connu un énorme succès.
Elle avait développé un phrasé inimitable et un style d'interprétation très personnel qui confirment son originalité et son talent. Sa diction parfaite, sa manière de jouer sur la hauteur d'un ton, sa capacité d'improvisation et sa richesse émotionnelle qui lui permettait de passer d'un optimisme enjoué, voire aguicheur, à des accents provocateurs, fiers et désenchantés, sont entrés dans la légende du Jazz. Sa vie fut ensuite une lente descente en enfer en raison d'une dépendance de plus en plus forte pour la drogue et l'alcool.
Il y a des étoiles qui brilleront éternellement. Billie Holiday fut l'héroïne du Jazz, la surdouée des tempos lents, la diva à la voix chaude et sensuelle qui chantait le Blues. Parfois sulfureuse et troublante, mais surtout si émouvante. Elle était l'émotion faite femme. Tous les surnoms lui furent donnés, de «La Callas du Blues» à «La Diva du Jazz», jusqu'à ce que Lester Young, le plus fidèle de ses compagnons, invente pour elle le surnom de «Lady Day».
Glenn Miller (1904-1944)
Glenn Miller apprend le trombone vers l'âge de 11 ans, puis il abandonne ses études pour rejoindre l'orchestre de Ben Pollack qu'il quitte au bout de deux ans pour continuer sa carrière de tromboniste indépendant (à l'époque, on trouve aussi dans cet orchestre un certain Benny Goodman). Il travaille auprès de nombreux musiciens, enregistre sous son nom et écrit des partitions.
En 1937, il monte son propre big band, mais le succès n'est pas au rendez-vous et il doit le dissoudre. Un an plus tard, il fait une seconde tentative qui est une réussite, l'orchestre enregistre des disques et enchaîne les tubes. Le son Glenn Miller est immédiatement reconnaissable : la ligne mélodique principale est la plupart du temps jouée par une clarinette qui double le premier saxophone ténor.
En 1942, lors de la seconde guerre mondiale, Glenn Miller s'engage dans l'armée de l'air et dirige le «Glenn Miller Army Air Force Band», un orchestre de Jazz et de danse militaire qui donne des concerts pour «le moral des troupes». En 1944, alors basé à Londres, Glenn Miller embarque dans un avion pour la France. Il y a ce jour là un épais brouillard, l'avion n'arrivera jamais à destination.
La musique de l'orchestre de Glenn Miller, à la frontière entre le Jazz et les musiques «dansantes», appartient à la mémoire collective. Glenn Miller a révolutionné le Jazz en lui apportant un nouveau son, le swing. Il restera immortel grâce à deux de ses plus grands succès : «In the mood» et «Moonlight serenade».
Ella Fitzgerald (1917-1996)
Passionnée dés son plus jeune age par la danse et par la musique elle rêve de devenir danseuse professionnelle et gagne à 16 ans un concours amateur pour chanteurs au cours duquel elle est repérée par des managers du célèbre dancing le Savoy. Elle est alors engagée au sein de l'orchestre de Chick Webb, un des plus grands batteurs de toute l'histoire du Jazz qui fut d'abord réticent puis conquis.
Au Savoy, elle va très rapidement devenir célèbre et connaître une énorme popularité, non seulement auprès de la communauté noire, mais aussi auprès de nombreux musiciens blancs qui souhaitent jouer avec elle. Elle devient la véritable vedette de l'orchestre de Chick Webb qu'elle reprend en 1939 à la mort de celui-ci, sous le nom d' «Ella Fitzgerald and Her Famous Orchestra». Elle préfère alors rapidement mener une carrière de soliste et découvre lors d'une de ses nombreuses tournées le Be-bop et le Scat aux cotés de Dizzy Gillespie. Sa carrière prend une nouvelle dimension lors d'un concert avec l'orchestre de Dizzy Gillespie au Carnegie Hall à New York. Puis, elle effectue de nombreuses tournées internationales, notamment avec l'orchestre de Duke Ellington, et devient l'interprète fétiche de nombreux musiciens.
La «first lady du Jazz» ainsi nommée en raison de sa virtuosité, de ses talents d'improvisation et de l'étendu du registre de sa voix, est l'incarnation même de la notion d'interprète. Elle combine toutes les qualités du vocaliste idéal : voix exceptionnelle, diction irréprochable, pureté absolue de la voix avec un swing renversant. Rare chanteuse à toujours évoluer en parfaite osmose avec les musiciens qui l'accompagnent, elle a acquis une popularité qui dépasse largement le monde du Jazz. Pour certains, elle est tout simplement la plus grande chanteuse tous genres confondus de tous les temps.